Depuis son départ forcé d’Intel, Pat Gelsinger n’a manifestement pas quitté l’univers des semi-conducteurs.
Désormais partenaire chez Playground Global, il s’investit auprès de plusieurs startups, mais xLight occupe une place particulière. L’entreprise vient d’obtenir un accord préliminaire pouvant atteindre 150 millions de dollars de la part du Département du Commerce, avec un élément inédit : l’État américain deviendrait actionnaire minoritaire si l’accord est finalisé.
Cette annonce, qui intervient dans un contexte où la rivalité technologique mondiale est intense, a relancé le débat sur l’implication du gouvernement dans les entreprises privées. Mais pour Gelsinger, ce soutien est avant tout un levier stratégique pour redonner un second souffle à l’innovation.
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Révolutionner la lithographie pour prolonger l’héritage de Moore
Au cœur de l’ambition de xLight se trouve un pari technologique audacieux : remplacer les systèmes actuels de lithographie par des lasers à électrons libres capables de produire une lumière bien plus puissante que les solutions européennes dominantes.
La société prévoit de construire d’énormes machines installées à l’extérieur des usines de semi-conducteurs, afin de générer une lumière ultraviolette à des longueurs d’onde plus courtes que celles utilisées par ASML.
Selon Gelsinger, cette approche pourrait réactiver la loi de Moore, qui semble ralentir depuis plusieurs années, faute de nouvelles avancées majeures dans les technologies d’exposition.
Pour diriger ce projet ambitieux, xLight s’est entourée d’un expert reconnu : Nicholas Kelez, ancien responsable du développement de systèmes scientifiques à grande échelle dans plusieurs laboratoires nationaux américains. Selon lui, les technologies laser, l’infrastructure industrielle et les besoins du marché sont aujourd’hui suffisamment matures pour rendre ce pari réaliste.
Un soutien gouvernemental controversé mais jugé indispensable
L’accord préliminaire entre xLight et le gouvernement américain ne passe pas inaperçu. Certains acteurs de la tech s’inquiètent de voir Washington prendre des participations dans des entreprises privées, un mouvement jugé contraire à l’esprit de la Silicon Valley.
Cependant, Gelsinger balaie ces critiques. Pour lui, les États-Unis doivent réagir face à des pays qui investissent massivement dans leurs industries technologiques. Le financement public vise surtout à accélérer l’innovation, sans interférer dans la gestion : pas de siège au conseil ni de droit de veto, assure-t-il.
Le projet reste toutefois à finaliser et d’autres étapes doivent encore être validées, notamment la construction du premier système au New York CREATE, un site dédié aux technologies de pointe.
Une ambition claire : raccourcir les délais et convaincre les géants de la tech
xLight espère produire ses premières plaquettes de test en 2028, puis commercialiser son premier système l’année suivante.
Gelsinger affirme que les discussions avancent avec les principaux fabricants de puces, bien qu’aucune commande n’ait encore été signée. Pour lui, ce projet représente autant un enjeu national qu’un défi personnel : contribuer à préserver l’avance technologique américaine tout en prouvant que l’innovation peut encore surprendre.

