Les tensions autour des exportations de technologies avancées entre les États-Unis et la Chine viennent de prendre un tournant majeur.
Le Département du Commerce américain a finalement donné son accord pour que Nvidia exporte certaines de ses puces H200 vers des clients chinois approuvés. Cette décision, qui intervient après plusieurs mois de restrictions et de blocages, redéfinit temporairement les règles du jeu dans la guerre technologique entre les deux puissances. Elle soulève aussi de nombreuses questions sur les motivations politiques, économiques et sécuritaires de Washington.
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Un feu vert encadré : puces datées et 25 % des ventes pour les États-Unis
Contrairement aux modèles H20 conçus spécialement pour respecter les anciennes limitations imposées au marché chinois, les H200 sont des puces beaucoup plus puissantes, dédiées à l’entraînement des modèles d’intelligence artificielle les plus avancés.
Leur retour en Chine ne se fera toutefois pas sans conditions strictes. Washington impose :
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l’exportation uniquement de H200 âgées d’environ 18 mois ;
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une vente réservée à des entreprises soigneusement validées par le Département du Commerce ;
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une taxe exceptionnelle : 25 % du chiffre généré, bien plus élevée que le taux de 15 % envisagé auparavant.
Pour Nvidia, l’annonce est un soulagement économique. L’entreprise a déclaré qu’elle soutenait « la décision du président Trump », estimant qu’elle permet à l’industrie américaine de rester compétitive face aux alternatives chinoises.
Mais malgré cette ouverture, le marché n’est plus aussi stable qu’avant : en septembre, la Chine a interdit à ses entreprises de se procurer les puces Nvidia, poussant Alibaba et Huawei à proposer leurs propres modèles moins performants.
Une décision qui contredit les inquiétudes du Congrès
Alors que l’administration Trump semble vouloir utiliser les puces IA comme outil diplomatique, le Congrès adopte un ton beaucoup plus alarmiste. Deux sénateurs, Pete Ricketts (républicain) et Chris Coons (démocrate), ont récemment proposé le SAFE Chips Act, un projet de loi visant à interdire toute exportation de puces IA avancées vers la Chine pendant 30 mois.
Le texte reflète une préoccupation partagée à Washington : avancer trop vite pourrait renforcer les capacités militaires, cyber ou industrielles de Pékin. La décision de la Maison-Blanche semble donc aller à contre-courant des recommandations sécuritaires du législatif.
Pourtant, l’administration Trump avait déjà fait plusieurs volte-face : après avoir imposé des licences strictes en avril, elle a ensuite retiré une règle de diffusion prévue sous Biden, avant d’indiquer cet été qu’elle accepterait les exportations en échange d’un pourcentage du revenu. La décision actuelle s’inscrit donc dans une logique plus transactionnelle que stratégique.

