L’Union européenne hausse le ton face aux géants américains de la tech.
Malgré les critiques venues des États-Unis concernant la réglementation européenne en matière d’IA, Bruxelles continue d’appuyer là où ça fait mal : la concurrence. La Commission européenne vient d’annoncer l’ouverture d’une enquête antitrust majeure visant Google, soupçonné d’utiliser le contenu des éditeurs pour alimenter ses outils d’IA de recherche… sans compensation équitable. Cette décision pourrait rebattre les cartes dans la course mondiale à l’intelligence artificielle.
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Google accusé de s’approprier les contenus du web pour nourrir ses IA
Au cœur de l’enquête se trouvent AI Overview et AI Mode, deux fonctionnalités phares du moteur de recherche, qui génèrent des résumés instantanés au-dessus des résultats classiques. Selon la Commission, Google s’appuierait sur des contenus provenant de millions de sites web — texte, images, informations structurées — sans que les créateurs puissent refuser l’utilisation de leurs œuvres sans perdre leur visibilité dans Google Search.
Bruxelles s’interroge également sur l’usage massif des vidéos YouTube pour générer des réponses enrichies. Les éditeurs n’auraient, là encore, aucun pouvoir de négociation : impossible de refuser l’exploitation de leurs vidéos si elles sont hébergées sur la plateforme.
L’UE veut déterminer si Google abuse de sa position dominante pour imposer des conditions « injustes et déséquilibrées » aux éditeurs, tout en offrant un avantage compétitif gigantesque à ses propres modèles d’IA.
Un effet boule de neige sur la concurrence dans l’IA
L’enquête ne concerne pas seulement les créateurs de contenus, mais aussi les rivaux de Google dans l’IA. En effet, le groupe californien refuserait l’accès aux contenus YouTube à d’autres entreprises souhaitant entraîner leurs propres modèles, ce qui créerait un écart technologique difficile à combler.
Dans une industrie où la qualité des données détermine la performance des IA, disposer d’un accès privilégié aux ressources du web constitue un avantage colossal. C’est précisément ce que Bruxelles souhaite examiner : Google profite-t-il d’un pouvoir disproportionné lui permettant d’éclipser ses concurrents dans la course à l’IA générative ?
Pour sa défense, Google affirme que la plainte « risque d’étouffer l’innovation » et que les utilisateurs européens doivent pouvoir bénéficier des technologies les plus avancées.
Une enquête qui intervient dans un climat juridique explosif
L’Europe n’est pas la seule à s’inquiéter. Aux États-Unis, plusieurs médias — dont le New York Times, News Corp, Chicago Tribune ou encore Reddit — ont lancé des poursuites contre Perplexity, OpenAI et d’autres acteurs pour exploitation illégale de contenus protégés.
Mais l’approche européenne diffère : il ne s’agit pas d’un bras de fer isolé entre éditeurs et entreprises d’IA, mais d’un dossier visant à rééquilibrer le marché lui-même. L’objectif ? Favoriser une concurrence saine et empêcher un monopole de fait.
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La Commission travaille par ailleurs sur une révision de ses règles autour de l’IA, dont l’application pourrait être simplifiée et étalée dans le temps, notamment pour les systèmes dits « à haut risque ».

