Le terme de bulle technologique évoque souvent une catastrophe imminente, mais il ne faut pas nécessairement l’interpréter de manière dramatique.
En économie, une bulle n’est rien d’autre qu’un pari devenu trop ambitieux, aboutissant à une offre supérieure à la demande. L’essor fulgurant de l’intelligence artificielle, soutenu par des investissements colossaux dans les infrastructures et les centres de données, pourrait bien illustrer ce phénomène — sans pour autant annoncer la fin du boom de l’IA.
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Une course entre le développement logiciel et les infrastructures physiques
Le paradoxe de la bulle de l’IA réside dans le décalage entre la vitesse de développement des logiciels et la lenteur de la construction des centres de données. Alors que les modèles d’IA évoluent à une cadence vertigineuse, la création des infrastructures nécessaires pour les héberger prend plusieurs années.
Les acteurs majeurs du secteur, comme Oracle, Meta ou OpenAI, investissent des sommes astronomiques dans ces projets : jusqu’à 500 milliards de dollars pour le projet Stargate piloté par SoftBank, tandis que Meta prévoit 600 milliards de dépenses en trois ans. Oracle, de son côté, aurait déjà engagé 18 milliards pour financer un campus de data centers au Nouveau-Mexique.
Mais d’ici à ce que ces infrastructures soient pleinement opérationnelles, le paysage technologique pourrait avoir radicalement changé : nouvelles avancées énergétiques, architectures de puces inédites, ou même nouveaux usages de l’IA que personne n’avait anticipés.
Une demande réelle, mais encore difficile à mesurer
Malgré la frénésie des investissements, l’adoption à grande échelle de l’IA reste incertaine. Une étude récente de McKinsey révèle que si presque toutes les grandes entreprises testent l’IA, peu l’utilisent à un niveau stratégique. Pour beaucoup, l’IA permet des gains de productivité ciblés, mais ne transforme pas encore les modèles économiques.
Autrement dit, les entreprises restent en phase d’expérimentation, observant l’évolution du marché avant d’investir massivement. Si les constructeurs de centres de données comptent sur une explosion immédiate de la demande, ils risquent de devoir patienter.
Des limites physiques à la révolution de l’IA
Même si la demande finit par exploser, l’infrastructure mondiale pourrait ne pas suivre. Satya Nadella, PDG de Microsoft, a récemment déclaré qu’il s’inquiétait davantage d’un manque d’espace dans les centres de données que d’une pénurie de puces. Certains sites restent inutilisables faute de pouvoir supporter les énormes besoins énergétiques des nouvelles générations de processeurs.
Là où les géants du numérique avancent à toute vitesse, le réseau électrique et les infrastructures physiques évoluent beaucoup plus lentement, créant des goulets d’étranglement coûteux.
Une bulle ou une simple transition ?
Plutôt qu’un effondrement, la bulle de l’IA pourrait représenter une phase d’ajustement. Le marché s’emballe, les investissements s’accumulent, mais la réalité finira par rééquilibrer les attentes. La question n’est pas tant de savoir si la bulle éclatera, mais comment l’industrie s’adaptera à ce nouveau cycle d’innovation et de contraintes matérielles.

