Dans un contexte où la course à l’intelligence artificielle s’accélère, les laboratoires d’IA cherchent par tous les moyens à obtenir des données de qualité pour former leurs modèles.
Une start-up du nom de Mercor a trouvé une méthode audacieuse : plutôt que de signer des contrats coûteux avec les entreprises, elle fait appel à leurs anciens employés, capables de reproduire les processus internes et d’apporter leur expertise de l’intérieur.
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Une nouvelle passerelle entre experts et laboratoires d’IA
Fondée par Brendan Foody, un entrepreneur de seulement 22 ans, Mercor s’est imposée comme l’un des principaux intermédiaires entre les anciens cadres de grands groupes – banques, cabinets d’avocats ou de conseil – et les laboratoires d’IA comme OpenAI, Anthropic ou Meta.
L’idée est simple mais redoutablement efficace : ces experts, rémunérés jusqu’à 200 dollars de l’heure, remplissent des formulaires, rédigent des rapports ou décrivent des processus internes afin d’aider les modèles d’intelligence artificielle à apprendre à automatiser des tâches complexes.
Selon Foody, certaines entreprises comme Goldman Sachs refusent catégoriquement de partager leurs données, car elles craignent de voir leurs propres chaînes de valeur automatisées. Mercor contourne cet obstacle en misant sur la connaissance humaine, déjà présente dans la tête des anciens employés.
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Un modèle économique explosif et controversé
En moins de trois ans, Mercor est passée à un chiffre d’affaires récurrent de 500 millions de dollars et revendique des versements quotidiens de plus de 1,5 million de dollars à ses milliers de sous-traitants. La société a récemment atteint une valorisation estimée à 10 milliards de dollars.
Cette croissance fulgurante inquiète certaines entreprises, qui y voient une forme de “fuite de savoirs”. Foody, lui, réfute toute idée d’espionnage industriel : ses équipes interdisent à leurs collaborateurs d’utiliser des documents internes de leur ancien employeur. Mais il reconnaît que, compte tenu de l’ampleur du projet, “certaines choses peuvent arriver”.
Pour lui, la connaissance détenue par un individu appartient à l’individu, pas à son entreprise. Une affirmation qui bouscule les frontières traditionnelles du secret professionnel, notamment dans les secteurs sensibles de la finance, du droit ou de la médecine.
Vers une nouvelle forme d’économie du savoir
Foody estime que Mercor représente “le futur du travail”, une sorte de gig economy intellectuelle comparable à ce qu’Uber a fait pour le transport. L’entreprise a d’ailleurs recruté Sundeep Jain, ancien directeur produit d’Uber, pour piloter sa croissance.
Face à la demande croissante des laboratoires d’IA, Mercor prévoit désormais de s’associer directement à d’autres industries, aidant les entreprises à exploiter leurs propres données pour créer des agents intelligents spécialisés.
Selon Foody, l’impact sera monumental : “D’ici quelques années, ChatGPT sera meilleur que les meilleurs cabinets de conseil, les meilleures banques d’investissement et les meilleurs cabinets d’avocats.”
Une prédiction audacieuse qui illustre bien la vision de Mercor : celle d’un monde où le savoir humain devient la matière première de l’intelligence artificielle.

